Tahtib

Présentation - Histoire - La Porte - Valeurs - Perspectives -

Tahtib presentation AAJCLe Tahtib est l'art du bâton égyptien.

C’est l’abréviation de Fan Al Nazaha wal Tahtib qui peut se traduire par « l’Art de la droiture et du Bâton » :

- Fan veut dire Art.

- Nazaha recouvre les notions de droiture et de dignité (au sens respectable, honnête, intègre, incorruptible...) comparable au « Do » (voie d’accomplissement) des Arts Martiaux japonais.

- Tahtib vient du mot hatab (morceau de bois à bruler) qui donne tahtib (jouer avec le bout de bois).

Al-Galawi, Al-Molagafa ou Al-Mogazafa désigne aussi cette pratique dans différentes régions d’Egypte, mais Al-Tahtib est le nom le plus répandu. 

Histoire et Culture 

Tahtib histoire AAJCLes pratiquants égyptiens (hattabine) font remonter l’origine martiale de leur art à l’Egypte pharaonique, comme l’attestent les représentations peintes sur les murs des tombes de Béni Hassan en Moyenne-Égypte (env. 2 000 ans av JC), ou plus tardivement à Louxor.

Avec l’émancipation et la modernisation de l’Egypte des années 50, consécutive à l’arrivée de Nasser au pouvoir (1952), la troupe des frères Reda devenant la référence mondiale en matière de danses orientales, popularise une version folklorique et édulcorée du Tahtib auquel ils empruntent gestuelle et pas rythmés.

En marge de ce mouvement général quelques groupes isolés autour de Qena, Assiout, Mallawi, Qouss et Louxor maintiennent une pratique martiale qui tend à disparaitre.

Aujourd’hui on observe un regain d’intérêt national pour cet art martial égyptien qui se pratique principalement en Haute-Egypte (au sud), mais aussi en Moyenne-Egypte dans la région d’Al-Minya (notamment à Mallawi près de Béni-Hassan). 

Passer la Porte (Al-Bâb)

Tahtib porte AAJCLe bâton en rotin (palmier des Indes) mesure 1m30 environ pour un diamètre de 2,5 à 3 cm. Il se tient à une ou deux mains.

Sans être obligatoirement un expert, celui qui porte le bâton doit au moins savoir danser quelques pas rythmés et connaitre les gestes de bases. Les mouvements sont normalement rythmés par la musique du folklore Saïdi, mais parfois d’autres musiques sont employées, comme les célèbres chansons d'Oum Kalsoum.

Une session de Tahtib est un évènement collectif qui rassemble et associe jouteurs, musiciens et public. Ce dernier a pour rôle de soutenir les jouteurs et de garantir le bon esprit des combats. Ainsi un arbitre (toujours possible) n'est pas nécessaire car tout le monde peut prendre sa place, puisque tous connaissent parfaitement les règles du jeu.

Le public et les musiciens forment le cercle, deux à deux les jouteurs s’invitent ou se provoquent, exécutent quelques pas dansés au rythme de la musique et se jaugent à distance. Une position spectaculaire consiste à sauter sur un pied, une jambe pliée à la hauteur du genou, le bâton tendu à la verticale au-dessus de la tête. On retrouve cette position dans les danses de l‘Egypte antique mais aussi dans le Wushu (Kung-fu) ou le Kalarippayatt... 

Le jeux consiste à passer la garde pour porter une attaque, ou dans la terminologie égyptienne, passer « la porte » (Al-Bâb). Le vainqueur est le premier qui touche (effleure) la tête de son adversaire. Le combat se traduit par des moments d'extrême excitation suivie par une inquiétante immobilité ou les adversaires s'épient et se jaugent en attendant la faiblesse ou le moment propice.

Pendant les joutes il n'est pas question de blesser son adversaire, les contacts sont symboliques ; ici il ne s'agit pas de frapper réellement, mais de simuler un combat (tout est dans la technique et la concentration).

Des valeurs exemplaires

Tahtib valeurs AAJCLe Tahtib est un Art complet, tout à la fois art de la joute et danse au bâton. C’est une pratique profane fortement culturalisée mais aussi porteuse de valeurs sociales et éducatives universelles et exemplaires.

A l’origine le Tahtib se pratique sans distinction de classe sociale ou d’appartenance religieuse. Transmis de père en fils il est exclusivement réservé aux hommes qui montrent ainsi leur savoir-faire pour assoir leur respectabilité (et/ou séduire les femmes). Le comportement d'un hattab doit être irréprochable et désintéressé dans sa pratique. Et c’est généralement à l’occasion d’évènements locaux (fêtes, mariages, etc.) que se déroulent les rencontres.

L’ancienne génération reste attachée à cette vision virile d’un art guerrier qui nécessite et développe beaucoup de qualités, notamment l’adaptabilité, le courage, la vitesse. 

La nouvelle génération plus éduquée considère que l’efficacité dans l’art martial Tahtib et l’esthétique dans le Tahtib dansé s’appuient sur les mêmes bases techniques, qualités physiques et comportementales telle que :

- La présence à soi-même, aux autres (partenaires, public) et aux évènements (impondérables de la vie).

- L’engagement physique et mental.

- La perception spontanée de l’intention et du mouvement.

- L’adaptabilité immédiate et en souplesse.

- Le respect de l’intégrité physique et morale de soi-même et des autres.

Potentiel et Perspectives

Potentiel et persepctive tahtib AAJCEn France le Tahtib présente l’avantage paradoxal d’être tout à la fois quasi inconnu et donc vierge pour porter un nouveau projet social et éducatif, et multi millénaire ce qui lui confère une légitimité forte dans les domaines artistiques et sportifs.

Le Tahtib n’est historiquement lié à aucun courant religieux ou politique (même nationaliste).

Son positionnement vise un large public d’hommes et de femmes, jeunes et moins jeunes recherchant une activité physique de loisir offrant des possibilités d’expressions artistiques et d’acquisition de réelles capacités (physiques, relationnelles, comportementales, artistiques...)

Le Tahtib propose une alternative aux sports d’oppositions voués au dualisme de la compétition ou à certains « Arts Martiaux » perçus comme trop violents ou sectaires.

C’est un véritable vecteur pédagogique porteur de valeurs humaines universelles et exemplaires attachées au collectif et au respect des personnes.

Le Tahtib est introduit en France en 2003 à l’initiative de Adel-Paul Boulad, fondateur de l’association Seiza . En 2010 un groupe international (France, Espagne et Egypte) de 24 jouteurs et 10 percussionnistes animés par AP Boulad, présente pour la première fois en Europe, le Tahtib au 25ème Festival International des Arts Martiaux de Paris-Bercy (cf. vidéo depuis la page d’accueil et le site tahtib.com en page de liens).